Apprenez à connaître vos nouveaux ministres

Stewart Kiff | juillet 2018

La composition du conseil des ministres dévoilée le 29 juin dernier témoigne de la volonté du nouveau premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, d’assurer la stabilité aux plus hauts échelons de son gouvernement. Treize des 21 membres du cabinet (un cabinet réduit par rapport au dernier conseil des ministres de Kathleen Wynne qui comptait 29 membres) sont des vétérans de Queen’s Park et un autre a fait partie du cabinet de Stephen Harper.

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Les portefeuilles importants ont été attribués en majorité à des politiciens et politiciennes expérimentés. Christine Elliott, la plus sérieuse rivale de Doug Ford lors de la course à la direction du parti progressiste conservateur, sera vice-première ministre et ministre de la Santé. Le critique des finances de longue date Vic Fedeli hérite du ministère des Finances. Lisa MacLeod dirigera le ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires, et sera également ministre déléguée à la Condition féminine, tandis que Steve Clark s’occupera des Affaires municipales et du Logement. Jim Wilson, qui a occupé quatre portefeuilles différents sous Mike Harris et Ernie Eves, sera ministre du Développement économique.

L’ancienne présidente du caucus du parti conservateur, Lisa Thompson, prend en charge le vaste portefeuille de l’Éducation. Il est intéressant de noter que son adjoint parlementaire sera Sam Oosterhoff, qui est devenu, à l’âge de 19 ans, le plus jeune député provincial jamais élu lorsqu’il a remporté une élection partielle en 2016. Oosterhoff est un fervent chrétien et un conservateur au plan social qui, depuis son élection, a réussi à apprendre le français. (Ce printemps, j’ai tenu une conversation complète avec lui en français – une langue qu’il ne parlait pas au moment d’être élu.)

Quelques néophytes en politique se retrouvent également à la tête de ministères importants. Candidate à la direction, avocate et femme d’affaires, Caroline Mulroney devient procureure générale et également ministre déléguée aux Affaires francophones. Cela augure bien pour la communauté franco-ontarienne. Caroline Mulroney aura de l’influence au sein du cabinet et, même si elle ne connaît pas bien les enjeux de la francophonie en Ontario, elle a une compréhension générale des questions relatives aux langues minoritaires au Canada. Et, bien sûr, elle est parfaitement bilingue. Elle devrait aussi pouvoir compter sur Amanda Simard qui a été nommée adjointe parlementaire aux Affaires francophones. La jeune députée nouvellement élue dans Prescott-Russell est issue de la communauté franco-ontarienne.

Il est à noter que le ministère des Affaires francophones ne sera plus le ministère autonome qu’il était devenu il y a un an, mais retrouvera plutôt son ancien statut d’Office des Affaires francophones. Bien que ce changement représente certainement une rétrogradation symbolique, nous devrons attendre le premier budget du gouvernement conservateur pour voir si le changement de statut se traduit par une réduction des ressources. À noter que lorsque Kathleen Wynne a transformé l’Office en un ministère à part entière l’année dernière, elle n’avait pas augmenté son budget.

D’autres novices en politique devraient maîtriser rapidement leurs dossiers grâce à leurs antécédents respectifs. Rod Phillips, ancien président de Postmedia et ancien chef de la direction de la Société des loteries et des jeux de l’Ontario, prendra en charge le ministère de l’Environnement. Merrilee Fullerton, une médecin de famille, a remporté une lutte à l’investiture difficile dans la nouvelle circonscription de Kanata-Carleton et assume maintenant la responsabilité du ministère de la Formation et des Collèges et Universités. Elle aura donc à superviser la création d’une université franco-ontarienne, une initiative à laquelle les trois partis principaux à Queen’s Park ont ​​donné leur appui. Bien qu’il soit nouveau à l’Assemblée législative de l’Ontario, Greg Rickford pourra sans doute mettre à profit son expérience législative au fédéral pour maintenir l’équilibre délicat que va demander sa tâche à la tête d’un ministère qui réunit ce qui était auparavant trois portefeuilles distincts : Énergie, Développement du Nord et Mines, et Affaires autochtones. Il devra concilier des intérêts divergents pour mettre en œuvre les promesses du parti conservateur de réduire le prix de l’électricité et de l’essence et de développer le projet minier de l’Anneau de feu dans le Nord de l’Ontario.

Dans l’ensemble, le cabinet de Doug Ford réunit des gens qui ont une expérience considérable dans les secteurs public ou privé. Il offre également une bonne représentation régionale. Toutefois, il a fait l’objet de critiques pour ses lacunes sur le plan de la parité hommes-femmes et de la diversité ethnoculturelle : seulement sept femmes et un seul député issu des minorités visibles occuperont un siège sur les banquettes ministérielles. Ce conseil des ministres très majoritairement blanc et masculin ne reflète pas la démographie de l’Ontario. En toute justice, il faut noter que plusieurs jeunes néophytes, dont des femmes et des personnes issues de diverses communautés de minorités visibles, ont été nommés adjoints ou adjointes parlementaires. À mesure qu’ils acquerront de l’expérience, ils offriront à Doug Ford un bassin de talent plus important dans lequel le premier ministre pourra puiser la prochaine fois.

La disparition du ministère autonome des Affaires autochtones, créé il y a dix ans par les libéraux, a également suscité des critiques. Compte tenu des questions qui demeurent prioritaires en matière de réconciliation avec les peuples autochtones et des importants projets de développement prévus sur des territoires autochtones traditionnels, cela pourrait s’avérer une décision risquée.

Notons finalement que, même si Caroline Mulroney a été la seule ministre à prendre la parole en français lors de la cérémonie d’assermentation, trois autres ministres auraient une bonne maîtrise de cette langue, à savoir Peter Bethlenfalvy, Merrilee Fullerton et Greg Rickford. Cependant, Doug Ford lui-même n’a pas dit un seul mot en français, ni pendant l’assermentation, ni dans son discours sur les marches de la législature par la suite. C’est là un changement radical par rapport à ce qui était devenu la norme sous les libéraux au cours des 15 dernières années.

En conclusion, le message de Doug Ford semble être que, bien que nouveau, son gouvernement n’est pas inexpérimenté. Il mise sur son équipe pour compenser le fait qu’il est lui-même à la fois un nouveau député et un nouveau premier ministre. Nous serons en mesure de commencer à évaluer s’il a fait des choix judicieux lorsque la législature reprendra ses travaux pour une rare séance d’été à compter de la deuxième semaine de juillet.

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