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Budget fédéral 2019 – À travers le miroir politique

Budget fédéral 2019 – À travers le miroir politique

Craig Brockwell | mars 2019

Vous avez sûrement lu et entendu bon nombre de commentaires et d’opinions au sujet du dernier budget libéral. Mon analyse ne serait pas très différente de ce qui a déjà été dit. Mais, à sept mois des élections fédérales, je vais essayer de définir les options politiques qui, selon moi, vont s’articuler autour du budget 2019.

D’entrée de jeu, je tiens à préciser que, comme toutes les autres firmes de relations gouvernementales, Solstice Affaires publiques essaie de réunir des praticiens et praticiennes de toutes les tendances politiques. Sinon, des entreprises comme la nôtre ouvriraient et fermeraient leurs portes selon chaque cycle politique. Je suis le partenaire d’allégeance libérale au sein de Solstice Affaires publiques et, à ce titre, je suis peut-être un peu partial dans mes commentaires et analyses.

Les premier et dernier budgets relevant du mandat d’un gouvernement sont par nature politiques. Le premier s’efforce de donner corps au programme électoral d’un nouveau gouvernement et ouvre la voie politique aux deux budgets suivants qui sont davantage fonctionnels. Le quatrième et dernier budget dévoile le programme électoral que le parti au pouvoir mettra de l’avant et renforce l’idée que les promesses antérieures ont été tenues.

Avant de passer en revue les enjeux que laisse entrevoir le tout récent budget, examinons l’environnement politique qui a mené à sa création.

Les libéraux ont maintenu une avance confortable sur leurs rivaux beaucoup plus longtemps que la plupart des gouvernements ne le font traditionnellement au cours d’un mandat initial. Cependant, l’affaire SNC-Lavalin leur a fait perdre des plumes et les a rendus quelque peu craintifs. D’éventuelles clarifications ou déclarations additionnelles de l’ancienne procureure générale pourraient aggraver la situation.

De plus, l’économie ralentit quelque peu (mis à part le nombre d’emplois qui semble être en forte hausse). Et les projections montrent que la croissance économique sera au mieux modeste au cours des prochaines années.

À ce jour, les deux principaux leaders de l’opposition, Jagmeet Singh et Andrew Scheer, n’ont pas fait leurs preuves de manière significative. M. Singh, qui vient d’obtenir un siège à la Chambre des communes, n’a pas l’entière confiance des partisans et partisanes du NPD, et l’électorat canadien demeure tiède à l’égard de M. Scheer.

Néanmoins, les libéraux ne pourront pas cette fois se contenter de proposer une approche positive (sunny ways). Certaines promesses non tenues pourraient leur faire perdre des partisans de la gauche, tandis que leur incapacité à équilibrer le budget dans un avenir prévisible leur coûtera un soutien de la droite. De plus, sa gestion de la récente crise politique a quelque peu affaibli le premier ministre Trudeau.

Dans ce contexte, j’estime que le budget de 2019 offre aux libéraux la meilleure voie politique possible à ce moment-ci. Tout le monde y trouvera son compte, tant les personnes qui ont voté pour les libéraux dans le passé que celles que les libéraux espèrent attirer cette fois, de même que les non partisans et les indécis,.

Les libéraux estiment que Jagmeet Singh dispose de peu de temps pour démontrer sa compétence. En se fiant à sa performance passée comme député néo-démocrate ontarien, ils s’attendent au mieux à une performance médiocre. M. Singh n’est pas un progressiste d’extrême gauche, mais plutôt un néo-démocrate aux tendances libérales. Il n’a pas la fougue de l’ancien chef Tom Mulcair pour énergiser les membres du parti et il ne lui reste que deux à trois mois pour montrer ce dont il est capable.

Du côté des conservateurs, les libéraux croient qu’Andrew Scheer va continuer de se rapprocher de son flanc droit, ce noyau dur de partisans aux opinions extrêmes que les libéraux qualifient de « déplorables ». De plus, ils espèrent que M. Scheer ne réussira pas à développer un programme électoral convaincant ou des positions claires sur les enjeux mis de l’avant par les libéraux.

Quelques personnes pourraient brouiller les cartes, soit Maxime Bernier, Elizabeth May ou l’ancienne procureure générale, Jody Wilson-Raybould.

Elizabeth May pourrait potentiellement gruger l’appui des libéraux et des néo-démocrates. Bien que Maxime Bernier ne récolte pas beaucoup d’intentions de vote à l’échelle nationale, les sondages indiquent qu’il bénéficie d’un soutien important dans certains bastions conservateurs. S’il devait diviser la droite, cela pourrait s’avérer catastrophique pour le parti conservateur.

Compte tenu de tout cela, je pense que le budget constitue une base solide pour les libéraux.

Il propose des investissements importants dans quelques domaines clés pour les Autochtones, ce qui pourrait atténuer la perte potentielle de votes au sein de la communauté autochtone due aux retombées de l’histoire de Jody Wilson-Raybould.

Il cible les jeunes électeurs et électrices en offrant une aide dans les domaines de l’accès à la propriété, de l’éducation et de la formation.

Il laisse entrevoir des éléments qui pourraient plaire aux plus âgés, tels qu’un éventuel programme national d’assurance-médicaments, ainsi que divers appuis financiers.

D’autres mesures plairont à l’électorat d’âge moyen, notamment le soutien pour la formation et le programme d’assurance-médicaments susmentionné,  en plus de quelques autres cadeaux.

Selon moi, il ne faut pas s’étonner que le budget fournisse peu de détails sur plusieurs éléments.

Au cours des prochains mois, les libéraux auront besoin d’une marge de manœuvre pour deux raisons : tout d’abord pour contrer toute nouvelle révélation de Jody Wilson-Raybould concernant SNC-Lavalin et ensuite pour étoffer leur propre programme électoral et répondre à ce que les partis d’opposition pourraient présenter dans le leur.

Je considère habituellement les choses sous la perspective du verre à moitié plein et j’ai mené de nombreuses campagnes électorales.

Je préfère que mon parti tire de l’arrière dans les sondages avant les élections, afin que mes partisans et partisanes soient motivés à aller voter et ne soient pas complaisants. Je préfère un programme électoral qui vise large et qui offre des bonbons aux électeurs et électrices de toutes les couches démographiques.

Je préfère une opposition apparemment faible et j’aime lui laisser peu de place pour se positionner dans mon espace politique, que ce soit à gauche ou à droite, l’obligeant ainsi à prendre des positions extrêmes.

Le budget de 2019 pourrait bien être un coup politique magistral du premier ministre Justin Trudeau et de son ministre des Finances, Bill Morneau. Le temps nous le dira. En politique, sept mois, c’est une éternité.

 

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