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Doug Ford peut-il espérer attirer le vote franco-ontarien?

Doug Ford peut-il espérer attirer le vote franco-ontarien?

Stewart Kiff | mars 2018

Maintenant que Doug Ford se retrouve à la tête du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, il reste à voir si ce choix controversé des membres du parti recevra l’appui de l’électorat lors des élections de juin prochain. Certains spéculent que les conservateurs viennent de se rendre moins attrayants pour les centristes qui forment la majorité de l’électorat de la province.

Certes, sondage après sondage au cours des derniers mois a montré que l’Ontario est mûr pour un changement après 15 ans de règne libéral. Et un sondage Forum mené le lendemain de l’élection de Ford confirme cette tendance. Même si 48 % des répondants et répondantes désapprouvent Doug Ford en tant que leader du PC, 44 % seraient toujours enclins à voter pour les conservateurs. C’est plus que suffisant pour faire de Ford le prochain premier ministre avec un gouvernement majoritaire.

Mais qu’arrivera-t-il dans les circonscriptions où les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes représentent une partie importante de l’électorat? Doug Ford peut-il gagner leur appui?

Par le passé, sous des chefs tels que John Robarts et Bill Davis, les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes n’étaient pas hostiles au Parti conservateur. Des députés conservateurs francophones ont régulièrement été élus dans des circonscriptions du Nord et de l’Est de l’Ontario. Même l’ancienne mairesse de Vanier, Gisèle Lalonde, une ardente défenseure de la communauté franco-ontarienne qui mènera plus tard la lutte pour sauver l’Hôpital Montfort de la fermeture, a brigué les suffrages (sans succès) comme candidate du Parti conservateur lors des élections de 1977.

Mais depuis que Mike Harris a tenté, en 1997, de fermer l’Hôpital Montfort, le seul hôpital d’enseignement de langue française de la province, la communauté franco-ontarienne se méfie du PC. À l’heure actuelle, le caucus du Parti conservateur ne compte aucun membre franco-ontarien et le parti ne représente aucune des circonscriptions qui compte une importante population francophone.

Patrick Brown, le chef conservateur récemment évincé, avait tenté de rétablir des liens avec la communauté franco-ontarienne. Avec dans sa mire certaines circonscriptions du Nord et de l’Est de l’Ontario, il a tendu la main à la communauté francophone, rencontré ses dirigeants et dirigeantes, participé à divers événements et exprimé publiquement son appui à l’amélioration des services en français dans la province et à la création d’une université franco-ontarienne. Sa bonne maîtrise du français et ses années passées à Ottawa en tant que député fédéral lui permettaient de comprendre les enjeux importants pour la communauté francophone et d’interagir directement avec cette communauté.

Reste maintenant à voir si, sous Doug Ford, les conservateurs peuvent attirer une part importante du vote francophone. L’approche et les slogans populistes du nouveau chef pourraient être bien reçus par une partie de cet électorat. Suite à une rencontre avec Doug Ford pendant la course au leadership, les dirigeants et dirigeantes de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario ont fait preuve d’un optimisme prudent, indiquant que M. Ford semblait favorable à l’amélioration des services en français et réceptif à des projets tels que l’université franco-ontarienne.

Il est évident que Doug Ford a du travail à faire. Ayant toujours vécu dans une banlieue de Toronto, n’ayant pas siégé à Queen’s Park et n’ayant pas beaucoup voyagé à travers la province, il a au mieux une compréhension ténue des questions francophones et ses contacts avec la communauté franco-ontarienne ont été rares. Mais c’est un politicien dans l’âme et il va chercher à gagner des circonscriptions comme Glengarry-Prescott-Russell dans l’Est et Mushkegowuk-Baie James dans le Nord, deux circonscriptions où le parti a déjà choisi une candidate et un candidat franco-ontariens. De plus, certains des conseillers de Doug Ford semblent être sensibles aux enjeux qui touchent l’électorat francophone. Il appartiendra donc aux dirigeants et dirigeantes franco-ontariens de sensibiliser Doug Ford à leurs préoccupations et d’obtenir des engagements de sa part d’ici le 7 juin.

Cela dit, il ne sera pas facile pour le nouveau leader du PC de dissiper la méfiance profonde de la communauté francophone envers ce parti, méfiance qui perdure depuis l’époque Harris. De plus, les minorités se méfient généralement des politiciens et politiciennes qui promettent de réaliser des économies massives dans l’appareil gouvernemental, étant donné que les services aux minorités sont souvent jugés comme superflus. Ajoutez à cela le fait que les libéraux et les néo-démocrates ont des liens bien établis avec la communauté franco-ontarienne et représentent déjà les circonscriptions qui comptent une importante population francophone.

Comme d’autres Ontariens et Ontariennes, les francophones pourraient très bien être nombreux à souhaiter un changement le 7 juin. Mais beaucoup devront être rassurés qu’avec Doug Ford, le Parti conservateur peut vraiment avoir leurs intérêts à cœur.

 

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