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« Ne pas être Kathleen Wynne » : est-ce le principal atout du chef conservateur Patrick Brown en vue des prochaines élections?

« Ne pas être Kathleen Wynne » : est-ce le principal atout du chef conservateur Patrick Brown en vue des prochaines élections?

Stewart Kiff | janvier 2018

Avec l’arrivée de la nouvelle année, le compte à rebours est officiellement lancé pour les élections ontariennes du 7 juin prochain. Et les paris sont ouverts quant à l’issue de ces élections puisque les derniers sondages brossent deux scénarios très différents. Un de ces scénarios prédit une victoire massive des progressistes conservateurs, les libéraux chutant au troisième rang derrière le NPD. L’autre suggère que les libéraux ne sont pas en aussi mauvaise posture et pourraient conserver le pouvoir, quoique dans une position minoritaire. Ces deux scénarios évolueront au cours des prochains mois, à mesure que la campagne électorale prendra de l’ampleur.

 

Le parti conservateur a le vent dans les voiles

À ce stade-ci, le chef du parti progressiste-conservateur, Patrick Brown, fait tout ce qu’il peut pour s’assurer une victoire. Bien que les sondages montrent qu’il est encore relativement peu connu de l’électorat, il travaille sans relâche à bâtir sa campagne sur le terrain. Son parti a recruté un nombre impressionnant de 140 000 membres et ce nombre continue d’augmenter. En 2016, avant l’entrée en vigueur de règles de financement plus restrictives, il a réussi à recueillir 16,1 millions de dollars – une somme record, et deux fois plus élevée que le montant recueilli par les libéraux au pouvoir. Le parti a également recruté des candidats vedettes, comme Rod Phillips, ancien président de Postmedia, et Caroline Mulroney, une dirigeante de Bay Street et fille de l’ancien premier ministre, Brian Mulroney. Le parti a aussi fait ses preuves pendant l’élection partielle de Sault Ste-Marie, arrachant ce siège à la fois au NPD et aux libéraux qui l’avaient détenu successivement depuis 1985.

Accusé d’être faible sur le plan des politiques, Patrick Brown en a surpris plusieurs en dévoilant son programme électoral en novembre dernier, dans le cadre du congrès politique de son parti. Le document de 86 pages, intitulé la Garantie aux gens, maintient la plupart des initiatives importantes de Kathleen Wynne, y compris la baisse des tarifs d’électricité, les réductions de frais de scolarité et l’élargissement de la couverture des médicaments. Patrick Brown promet essentiellement de faire ce que font les libéraux, mais de mieux le faire, par exemple en retardant un peu  la dernière poussée vers le salaire minimum de 15 $ pour tenir compte des préoccupations des propriétaires de petites entreprises et en remplaçant le système de plafonnement et d’échange de la province par une taxe sur le carbone qui pourrait éventuellement générer plus de revenus.

Patrick Brown courtise aussi des électeurs et électrices que son parti avait laissé pour compte au cours des 20 dernières années, notamment les francophones. En effet, il promet d’appuyer la création d’une université franco-ontarienne − une initiative récemment adoptée par le gouvernement libéral − , d’améliorer les services gouvernementaux en français et de pallier la pénurie de personnel enseignant dans les écoles de langue française de l’Ontario.

Finies les politiques dures des anciens chefs du parti conservateur, Mike Harris ou Tim Hudak. Patrick Brown se positionne comme un conservateur centriste, responsable sur le plan financier mais progressiste sur le plan social, plus près des John Robarts et Bill Davis dont les politiques modérées et le style de gouvernance sans vagues avaient permis au PC de rester au pouvoir pendant une période ininterrompue de 42 ans. Avant tout, Patrick Brown cherche à se présenter comme « n’étant pas Kathleen Wynne ». Et cela pourrait suffire.

 

Kathleen Wynne jouera dur

Cependant, Kathleen Wynne ne devrait pas être écartée trop facilement. Vrai, elle devra relever d’énormes défis. Bien que le parti libéral ait remonté dans les sondages depuis le début de 2017, la popularité personnelle de la première ministre est au plus bas. Et après presque 15 ans au pouvoir, les libéraux auront du mal à surmonter l’appétit de l’électorat pour un changement. Mais Kathleen Wynne est une leader forte, capable de prendre des décisions difficiles. Et elle est prête à jouer ses cartes. En effet, les politiques qu’elle a annoncées au cours des derniers mois se révèlent populaires, notamment la gratuité des études postsecondaires pour les étudiants et étudiantes issus de familles à faible revenu et la couverture gratuite des médicaments pour les moins de 25 ans. Sur ces questions et sur le salaire minimum, elle s’est approprié les politiques néo-démocrates dans l’espoir d’attirer des progressistes de gauche, une tactique qui s’est révélée très fructueuse pour Justin Trudeau au niveau fédéral.

La bataille sera toutefois difficile. L’animosité que de nombreux groupes comme le personnel enseignant entretenaient envers Mike Harris s’est maintenant dissipée et de nouvelles règles électorales empêcheront des organisations comme la Working Families Coalition ou les syndicats d’enseignement d’investir des sommes massives pour promouvoir leur point de vue pendant la campagne. Depuis l’ère Harris, les libéraux avaient grandement bénéficié de la participation active de ces groupes aux campagnes électorales et de leur méfiance persistante envers le parti conservateur.

 

Le défi du NPD : se démarquer

Reste à voir comment le NPD parviendra à s’imposer pendant la campagne. Andrea Horwath est la plus populaire et aimée des trois leaders et aussi la plus expérimentée puisqu’elle en sera à sa troisième campagne. Mais il ne sera pas facile pour le NPD de se différencier des libéraux, étant donné que ces derniers ont déjà largement pigé dans les politiques néo-démocrates. Lors de la récente grève du personnel enseignant des collèges communautaires par exemple, le NPD est resté fidèle à ses principes en s’opposant à une loi de retour au travail. Mais ce n’était pas là une démarche stratégique dans le contexte d’une élection puisque la grande majorité des Ontariens et Ontariennes souhaitait la fin de la grève. Les nouveaux conservateurs, plus doux et plus gentils, pourraient également attirer certains des supporters traditionnels du NPD chez les cols bleus. Par conséquent, attendez-vous à une campagne populiste qui s’efforcera d’unir la coalition disparate de travailleurs et travailleuses syndiqués et de progressistes de la Génération du millénaire qui appuie le NPD. On peut aussi s’attendre à ce que le nouveau chef du NPD fédéral, Jagmeet Singh, vienne prêter main forte à ses anciens collègues provinciaux.

Évidemment, il pourrait se passer beaucoup de choses d’ici les élections du 7 juin. Les rebondissements seront sûrement nombreux à mesure que les partis mettront tout en œuvre pour gagner la faveur de l’électorat.

 

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